Il s'agit d'une installation-photo dans une ruelle à Mahdia, connue dans la région par الزقاق المعوّج.
Mon intervention consiste à accrocher des photographies sur une corde à linge en face d'une maison qui était il y'a 27 ans "une maison close".

Cette ruelle, située à l'avenue de la rédemption " نهج التوبة" dans l’ancienne Medina, était interdite de passage, même aujourd'hui les femmes de ma région évitent de prendre ce chemin serpenté.

J’ai choisi cet espace parce que je le trouvais adéquat à tout acte d’exhibition et de voyeurisme. J’ai exhibé des photographies que j’avais captées durant des années, lors de mes ballades dans les anciennes cités à savoir : Mahdia, Sousse et Kairouan.

A travers mes photos, j’ai voulut imposer un regard neuf sur la richesse picturale des vieux murs. Mes photographies appellent les passagers à s’arrêter devant la grande muraille, sur la quelle s’accroche la porte bleue de la maison « close » et ma corde à « Photo » .

Derrière chaque photo il y’avait aussi un texte poétique de Mahmoud Darwich. Ce poète Palestinien avait cité plusieurs fois la corde à linge dans ses poèmes. Une de ses citations que j’affectionne beaucoup :
"الالم هو ان لا تعلّق سيّدة حبل الغسيل صباحا و ان تكتفى بنظافة هذا العلم "

En superposant l’écrit sur l’image, j’ai voulu d’abord compléter le sens de mes photos et ensuite offrir au spectateur un support de réflexion et d’inspiration pour la pensée qu’il devrait m’écrire afin d’obtenir en échange un CD contenant une photographie à haute résolution.

En effet, Chaque personne souhaitant avoir une copie numérique, devrait mettre une pensée écrite dans la boite bleue. Une fois la pensée déposée dans la boite à note, le passager est amené à nouer un ruban autour d’une gouttière située entre la porte fermée et la table.




L’installation n’est plus, mais les rubans bleus en témoignent encore. Ces rubans « numérotent » aussi le nombre des visiteurs qui sont passés par là et informent les prochains passagers qu’une récente exhibition de l’intime a eu lieu.

Nouer le ruban : عقدان النيّة , c’est comme un pacte symbolique, comme pour tenir une promesse ou faire un voeu. Par ce geste, nous avons attribué une dimension sacrée à cette maison en ruine. Il y'avait des femmes qui ont vraiment fait un voeu lorsqu’elles nouaient le ruban devant la porte de ce « musée de l'amour »

L’intitulé de cette intervention est « mémoire à vendre » la mémoire collective ne se vend pas mais la mémoire numérique d’une photo pourrait être mise en vente elle pourrait être même dupliquée et clonée. Ainsi le terme « vendeuse du vent » "بائعة" الهواء prend tout son sens, parce que la copie numérique n’est finalement qu’une numérisation de l’image ; une combinaison binaire. Un tout et rien à la fois.

Cette intervention a duré quelques heures, des heures autour desquelles s’était établie une réconciliation entre l’art et la rue, entre le présent et la mémoire collective. Entre la conscience et le refoulé
