
je voie que L'emplacement du cimetière aux bords des limites (terre -mér et terre - ciel) symbolise l’idée du voyage. Voyage, mot d’origine latine, viatucum, désigne " passage", puis " pèlerinage ". Il signifie le départ d’une personne vers un lieu assez éloigné, il
symbolise la quête de la vérité spirituelle, de la paix et de l’immortalité, dans la recherche et la découverte d’un centre spirituel. De ce fait, la mort est le voyage vers l’au-delà, elle peut
être un voyage vers le ciel comme elle peut être aussi un voyage ou peut être un retour à la mer, lieu de mystère et d’origine. Et c’est dans ce sens que Aère de Riiévaulx
disait : « La mer se situe entre dieu et nous »
(1)
Cette hypothèse m’a poussé à rechercher ou même re-questionner sur l’origine
de la vie humaine. Une réflexion d’ordre existentiel et ontologique m’habite à chaque fois que je contemple ou me promène dans cet espace des origines : qui
sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Sommes des êtres de la terre ou de la mer ? Notre terre- mère ou notre « mer- mère » ?
La terre a toujours été assimilée à la mère, car
elle symbolise la fécondité et la régénération, elle enfante tous les êtres, les nourrit, puis en reçoit à nouveau le germe fécond. D’ailleurs, en Afrique comme en Asie selon
certaines croyances, les femmes stériles risquent de rendre stériles la terre familiale et leur mari peut les répudier pour cette raison. La terre est le symbole de l’origine
de la vie el la source vitale
Va sous cette terre, ta mère,
Aux vastes séjours, aux bonnes faveurs
Douce comme laine à qui su donner,
Forme voûte pour lui et ne l’écrase point
Reçoit le, Terre, accueille le Couvre le d’un pont de ta robe
Comme une mère protège son fils » (2)
Néanmoins, la science a prouvé qu’au début du cambrien, il y a environ 545 millions d'années,
la vie est confinée dans les mers. Favorisée par l’enrichissement des océans en oxygène fourni par les algues marines, seule vie végétale de cette période, la faune se développe et se diversifie
en une véritable explosion de la vie animale marine. Ainsi que les premières cellules apparues sur Terre étaient des bactéries primitives (procaryotes), qui se sont selon toute probabilité
développées dans les océans.
Même, dans des nombreuses religions et mythologies, l’élément marin joue un rôle
majeur au moment de la création du monde. Il est couramment décrit sous la forme d’un océan primordial. En Inde, notamment, des récits mythiques évoquent un animal plongeant dans ces eaux
originelles pour y pêcher de quoi créer la Terre. Dans les croyances de l’Égypte antique, de cette mer portant le nom de « Noun » surgit le démiurge.
La mer symbolise donc la dynamique de la vie. Tout sort et tout y retourne : lieu des naissances, des transformation et des
connaissances. La mer s’associe à la mère, de part son homonymie, elles s’associent aussi dans leur connotation à l’élément liquide. Sous l’eau, on retrouve la situation embryonnaire dont on a
conservé un lointain souvenir.

Pratique d'instalation que j'ai réalisé dans l'anscien port de mahdia en été 2005
Pourquoi ne pas "s’en-mer-er" à la mer ? Puisque notre existence a débuté par le fait de nager dans les
ventres de nos mères, je vois que c’est dans l’ordre logique des choses de retourner à l’autre mère qui est la mer. Retourner là où a commencé la vie et continuer le plaisir de
nager dans un espace plus vaste, plus ouvert et plus originel.
« Il me semble que je me retrouve et me
reconnaisse quand je reviens à cette eau universelle (…). Se retourner dans cette pure et profonde substance, boire et souffler la divine amertume, c’est pour mon être le jeu
comparable à l’amour, l’action où tout mon corps se fait tout signes et tout forces, comme une main s’ouvre et se ferme, parle, parle et agit. Ici, tout le corps se donne, se reprend, se conçoit,
se dépense et veut épuiser ses possibles " (3)
1 : J. Chevalier,A. Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, p. 96.
2: J. Chevalier, A. Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, . Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, op, cit, p. 941.
3: Paul Valéry , Tel quel, Editions Gallimard, Paris, avril 1996, p.317.