Le contact avec ce monde si singulier où les repères normatifs, du temps, de l’espace, de la mort et de la vie sont abolis a réveillé mes sens et réanimé mes sensations. C’est à travers mon corps et son mouvement que je percevais ce monde si paradoxal et si éblouissant. Ma sensibilité esthétique était plutôt d’ordre physique, essentiellement liée au corps et sa fusion avec le monde :
« En effet, on ne voit pas comment un esprit pourrait peindre. C’est en prêtant son corps au monde que le peintre change le monde en peinture » (1)
Le monde des pierres, du silence, de l’entre vie et mort, cet espace comme accroché au ciel, prêt à prendre le large, mais aussi si solidement enraciné dans la terre ne peut que saisir le créateur épidermiquement, viscéralement, non pas par l’esprit mais par le corps, la chair:
«Le créateur pense autant avec sa peau qu’avec sa tête. L’être humain ordinaire, quand il pense, ne sait penser que selon un des deux. » (2)
1: Merleau- Ponty, L’Oeil et l’Esprit, Gallimard, Paris, 1996, p. 17.
2: Didier Anzieu. Le Corps de l’œuvre, NRF, Editions Gallimard /Mayenne 2002 France, p.140.
