Dans le monde de la production technologique, je vois que l’image
visuelle a perdu son originalité, elle est devenue comparable à un objet de consommation. Le spectateur, au lieu de voir l’œuvre, regarde sa diapositive aux couleurs infidèles ou une image
retouchée. Il la consomme en consultant sa copie qui est située dans des musés virtuelles, une sorte de supermarché avec des visites très occasionnelles, un espace sans
lieu.
Henri Maldiney, dans son interprétation de l’œuvre picturale de Cézanne disait : "Il ne s’agit pas d’enregistrer des connaissances à son sujet, mais de co- naître à son événement- avènement. Le propre de l’événement, c’est d’être irrépétable, de n’avoir pas d’itération dans le temps, puisqu’il fonde le temps. C’est parce qu’il constitue lui-même un événement irrépétable, unique en sa propre genèse, qu’un tableau de Cézanne amène le fond du monde à l’existence." (1)
En effet, le moment de création doit être un moment unique et exceptionnel et l’œuvre créée doit refléter cet exceptionnel, elle doit être bouleversante, impressionnante et pensive.
À travers une action personnalisée et unique à laquelle la main et donc l’humain a pris part, j'ai fait un tracé pictural sur cette oeuvre de trace pour lui attribuer un caractère originEL. En dessus de ces empreintes j’ai laissé une autre empreinte autonome, j’ai posé une peinture fraîche, vivante qui a une peau, une odeur, une histoire, origine et un sens particulier qui a tous simplement une présence réelle et originelle. "J’ai écrit en peintre ce qui n’est pas encore peint et je le rend peinture absolument " (2)
1 : Henri Maldiney, Le Monde en avènement dans l’événement de l’oeuvre, Cézanne et le paysage, art et existence, Klincksieck Paris 2003. p. 100.
2 : Ibid. p. 99.