On associe par un préjugé l'art à la beauté. Nos écoles ne sont elles d'ailleurs pas nommée : Les Ecoles des Beaux arts? Toutefois, je pense qu'on ne peut pas réduire la signification de l'art à ce seul critére, car l'art est plus ouvert et plus vaste pour qu'on le limite uniquement à la pureté des formes, à l'esthétisme.
je pense que l'art c'est la vie avec toute sa beauté, sa laideur, sa richese, et sa pauvreté. C'est dans ce sens que Antoine Tapiés a dit : " l'idée que l'artiste ne s'occupe que des choses belles ou importantes est si répandu qu'il peut étre intéressant et positif de montrer que nous préférons ce qui aujourd'hui pase pour laid, stupide ou absurde."(1)
j'estime donc qu'il faut magnifier ce qui est ordinairement rejeté et méprisé, mettre en évidence l'objet ordinaire commun, le faire sortir de son contexte quotidien, le soumettre à un regard renouvelé dans le but de sensibliser le public envers les choses qui lui semblent banales, le pousser à voir et l'inviter à les toucher. "car malgré le régne actuel du compliqué, on peut de rien ou de trés peu faire beaucoup d'oeuvres apparemment modestes qui peuvent aussi aller au fond des choses"(2)
J'ai donc focalisé mon attention dans ma pratique de la peinture sur les murs usés pour les rendre percevables pour le spectateur qui les voit chaque jour sans les voir vraiment.
La passion pour la matiére délabrée et l'envie de la tatonner et la détruire justifient essentiellement mon choix de ce théme qui m'a permis d'avoir un contact direct avec la matiére: j'ai touché le sable, j'ai senti son odeur et j'ai greffé sur la pate ce que j'ai voule greffer. A travers ma pratique, j'ai suivi mon instinct et j'ai exausé mes désirs les plus profonds. Et c'est cette pureté et cette originalité que j'ai cherché à dégager à partir de ma subjectivité et de celle du spectateur perdu dans le monde technologique ou régne le confort matériel, dans le but de "rappeler à l'homme ce qu'il est, lui fournir un théme de réflexion, produire un choc qui le fasse sortir de son monde en trompe l'oeil, et le conduire à sa propre découverte et à la conscience de ses véritables possibilités" (3).
En faisant une pratique basée sur la matiére et donc invitant et poussant le spectateur à toucher, j'ai éprouvé un plaisir intense doublé par la joie de le partager avec l'autre.
Se mettre en contact avec la matiére est de l'ordre de l'instinctif, du naturel, alors que de nos jours, dans une civilisation technologique et dans un monde fortement mécanisé et robotisé, nous avons oublié le simple fait de palper la matiére, de la sentir et d'en jouir. " dans le monde que la technique submerge, nous vivions asphyxiés par le soucis égoeiste de notre confort matériel. Nous vivions constamment distrait au point d'oublier nos instincts. Tous ce qui nous entoure est artificiel et faux" (4)
j'ai essayé de pousser le spectateur à toucher la matiére pauvre qui le dégoute parfois et qu'il néglige, en construisant une matière détériorée ou bien en cherchant des supports et des planches abimés, enrichies par l'usage et qui possèdent une histoire particulière. La collection de rebuts ne s'est pas faite à l'aveuglette mais constitue bel et bien une premiére phase créative.
En travaillant sur la matiére usées, j'ai travaillé sur le temps et avec le temps. la détérioration est de fait le produit de la durée alors que la création des effets de détériorations en un temps réduit est en quelque sorte une simplification du temps et un triomphe contre ce dernier. La récupération des matiéres abandonnées est aussi une manière de figer et stopper le temps. la texture de l'usure est une concrétisation du temps: alors que celui- ci est un concept abstrait, le voilà maintenant présenté matériellement sur mes supports à travers les effets de détérioration.
Fragment N ° 2 de ma planche
Quand je les touche, il me semble que j'ai eu un contact matériel avec le temps qui n'est plus pour moi une notion abstraite mais une présence tactile, car cette matiére porte une lourde mémoire. elle raconte son histoire avec le temps, en silence, un silence plus convaincant et plus sincère que les mots. Je pense donc que pour toucher le temps, il faut nécessairement entretenir un rapport direct avec une matiére qui l'a subit.
(1): Antonie Tapiés: La pratique de L'art. Traduit par Edmond raillard. Préface de georges Raillard. Editions Gallimard, Coll. folio / essais, Paris 1974, P. 80
(2): ibid: P 76
(3): ibid: P.76
(4): bid: P 75- 76