Jeudi 10 septembre 2009 4 10 /09 /Sep /2009 20:54


















Je partis de Deauville un peu avant minuit

Dans la petite auto de Rouveyre

Avec son chauffeur nous étions trois

Nous dîmes adieu à toute une époque

Des géants furieux se dressaient sur l’Europe

Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil

Les poissons voraces montaient des abîmes

Les peuples accouraient pour se connaître à fond

Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures

Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières

Je m’en allais apportant en moi toutes ces armées qui se battaient

Je les sentais monter en moi et s’étaler les contrées où elles serpentaient

Avec les forêts les villages heureux de la Belgique

Francorchamps avec l’Eau Rouge et les pouhons

Région par où se font toujours les invasions

Artères ferroviaires où ceux qui s’en allaient mourir

Saluaient encore une fois la vie colorée

Océans profonds où remuaient les monstres

Dans les vieilles carcasses naufragées

Hauteurs inimaginables où l’homme combat

Plus haut que l’aigle ne plane

L’homme y combat contre l’homme

(...)

 



La petite auto
 In Calligrammes [4] de Guillaume Apollinaire, Librairie Gallimard, Paris 1930

Par Sonia - Communauté : Les visions plastiques
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  • 18/12/1981

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